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Séfer Vayoël Moché - Introduction

לפני 13 שעות
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Pour mes frères et mes amis! Séfer Vayoël Moché - Introduction


~1~

Les tragédies qui ont frappé le peuple juif ces dernières années

   Puisqu’en raison de nos nombreuses fautes, nous avons subi ces dernières années de nombreuses tragédies, amères comme l’absinthe, telles qu’il n’en était jamais survenu de semblables en Israël depuis qu’il est devenu une nation, et — Si l’É.ternel des armées ne nous eût laissé un faible débris, etc.,[1] mais, par la miséricorde d’Hachem, béni soit Son Nom, nous sommes demeurés en nombre infime, à l’extrême limite du petit nombre : non pas quelques-uns parmi une multitude, mais quelques-uns parmi le peu — en vertu du serment par lequel le Saint, béni soit-Il, a juré à nos ancêtres que leur descendance ne serait jamais anéantie, à D.ieu ne plaise.[2]
   De plus, en raison de nos nombreuses fautes, s’est accomplie à la lettre la parole de l’Écriture : Alors l’É.ternel rendra extraordinaires tes plaies etc.[3] — des choses extraordinaires parmi ce peuple, extrêmement extraordinaires, où la sagesse de ses sages sera prise en défaut, où l’intelligence de ses gens d’esprit se voilera[4] — nous avons attendu un temps de guérison, et voici l’épouvante[5]! Et nous ne sommes toujours pas parvenus au repos et à l’héritage.[6]
   Notre cœur est brisé en nous, réduit en mille morceaux, et nous n’avons rien pour nous consoler ni où puiser des forces. Nos yeux ne peuvent que se tourner vers le Ciel, consumés par l’attente, l’angoisse dans l’âme,[7] jusqu’à ce qu’Hachem regarde des Cieux,[8] voie notre affliction et guérisse notre cœur brisé et meurtri, dans l’immensité de Sa miséricorde, béni soit Son Nom.

 

~2~

Quatre preuves que, face à une tragédie, notre devoir est de scruter nos actes afin d’en rechercher les causes : 1) le Tanakh ; 2) le Talmud ; 3) Rav Yossef Yaabets ; 4) Rav Yaakov de Lissa.

   Or, depuis les temps anciens, en Israël, dans toutes les générations, lorsque survenait un temps de détresse pour Yaakov, on cherchait et l’on s’enquérait : qu’est-ce que cela et pourquoi cela[9]? Quelle faute avait conduit à une telle situation, afin d’y porter remède et de revenir vers Hachem, béni soit-Il, ainsi que nous le trouvons dans le Tanakh[10] et dans le Talmud.[11]
   De même, après l’expulsion d’Espagne, le saint et pieux Rav Yossef Yaabets le Sépharade, de mémoire bénie, composa le livre Or Ha’Haïm, fondé sur ce principe : enquêter sur les fautes qui causèrent alors la détresse et l’exil.[12]
   Et mon ancêtre, le ’Havot Daat,[13] écrivit lui aussi, dans l’introduction à son commentaire sur la Meguilat Eikha,[14] qu’il est vain de rapporter les tragédies et les souffrances si l’on n’en expose pas également les causes, afin que chacun puisse se préserver des causes qui conduisent à de telles tragédies. C’est pourquoi il explique toute la Meguilat Eikha selon cette approche : chaque fois qu’elle évoque une calamité, elle en indique également la faute qui en fut la cause, afin que nous revenions vers Hachem de tout notre cœur et qu’Il ne continue plus à nous accabler de souffrances. Tel est, en substance, le sens de ses paroles ; que le lecteur s’y reporte pour les détails.

 

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La violation des Trois Serments fut la cause des tragédies récentes

   Aujourd’hui, dans notre génération, il n’est nul besoin de chercher ni de sonder les recoins les plus cachés pour découvrir la faute qui a provoqué cette tragédie, car elle est manifeste et explicite dans les paroles de nos Sages de mémoire bénie,[15] qui nous ont dit expressément, en tirant cet enseignement de versets,[16] que le châtiment encouru pour la transgression des Serments — celui de ne pas monter tel un mur[17] et celui de ne pas forcer la Fin de l’exil[18] — est, à D.ieu ne plaise :
Je livre votre chair aux ennemis comme les gazelles ou les biches des champs.[19] 
   Et, en raison de nos innombrables fautes, c’est précisément ce qui s’est produit : les hérétiques et les incroyants déployèrent tous les efforts possibles[20] pour violer ces Serments, monter tel un mur et s’arroger un pouvoir politique et une indépendance[21] avant le temps fixé, ce qui constitue précisément le fait de forcer la Fin.[22] Ils entraînèrent ainsi les cœurs de la majorité du peuple juif vers cette idée souillée.[23]

 

~4~

Deux réponses à l’objection selon laquelle les sionistes n’ont pas établi d’État avant la Shoah — comment, dès lors, la Shoah pourrait-elle être la punition du sionisme ? 1) La simple intention de violer un Serment est déjà passible de sanction. 2) Les sionistes ont entrepris de nombreuses actions concrètes et d’envergure en vue de transgresser les Serments. (Une troisième réponse sera donnée à la section 10.)

   La Mekhilta sur parachat Yitro enseigne :
 Pourquoi la Torah dit-elle : Tu n’invoqueras pas le Nom de l’É.ternel ton D.ieu à l’appui du mensonge ?[24] N’est-il pas déjà écrit : Vous ne jurerez point par Mon Nom à l’appui du mensonge ?[25] De ce dernier verset, je n’apprends que l’interdiction de prêter un faux serment. D’où savons-nous qu’il est interdit même de consentir à prêter serment ? C’est pourquoi la Torah dit : Tu n’invoqueras pas le Nom de l’É.ternel ton D.ieu à l’appui du mensonge. Tant que tu n’as pas encore consenti à prêter serment, Je suis pour toi un D.ieu ; dès l’instant où tu y consens, voici que Je deviens pour toi un Juge, ainsi qu’il est dit : Car l’É.ternel ne laissera pas impuni celui qui invoque Son Nom pour le mensonge.[26] 
   Le Mirkévet HaMichné[27] relève qu’à la lumière de cette Mekhilta, il semblerait qu’Hachem punisse également celui qui a formé l’intention de prêter un faux serment, tout comme dans le cas de l’idolâtrie.[28] La simple intention de prêter un faux serment n’est exclue[29] que de la catégorie des fautes qui entraînent l’obligation d’apporter une offrande ; elle demeure néanmoins considérée comme une faute de faux serment. Il rapporte que Rabbeinou Yona est également de cet avis. Il précise toutefois, par la suite, que puisque le Rambam ne mentionne pas cette loi, il faut sans doute comprendre que la Mekhilta ne fait qu’appuyer, par une allusion scripturaire, une interdiction qui est, en réalité, d’ordre rabbinique. Cette question demande encore à être approfondie, mais ce n’est pas ici le lieu de s’y étendre.[30]
   Toutefois, dans le cas du sionisme, il ne s’agissait pas seulement d’une simple intention — auquel cas subsisterait le doute évoqué plus haut quant à savoir si une personne est punie pour la seule intention de transgresser un Serment — mais de nombreuses actions concrètes et d’envergure furent entreprises à cette fin, au moyen de stratagèmes et de procédés variés destinés à conduire à la transgression de ces Serments. Il est d’ailleurs manifeste que toutes les formes d’action mises en œuvre en ce sens constituent une transgression du Serment. C’est ce que l’on voit clairement dans ce qu’écrit le Rambam, de mémoire bénie, dans son Épître au Yémen, à propos d’un homme qui prétendait être le Machia’h, et autour duquel quelques personnes s’étaient rassemblées. Le Rambam les avertit avec insistance qu’il s’agissait d’un très grave danger, car si les autorités venaient à en être informées, il pourrait en résulter de terribles malheurs, à D.ieu ne plaise.[31] 
   Dans cet épisode, il les avertit également de ne pas transgresser les Serments et en expliqua la raison : le roi Chelomo savait, par l’Esprit Saint de prophétie, qu’en raison de la longueur de l’exil, ce peuple s’obstinerait à se mettre en mouvement avant le moment fixé ; il périrait pour cela, et des malheurs s’abattraient sur lui. 
   Il ressort clairement de là que le Rambam savait que ce faux mouvement messianique n’aboutirait à rien, sinon à des malheurs. Pourtant, il considérait déjà cela comme une transgression des Serments. En effet, le Serment de ne pas forcer la Fin interdit d’entreprendre quelque action que ce soit en vue de forcer la Fin. Dès lors, toute action entreprise dans ce but, même si elle se solde finalement par un échec complet, constitue déjà, à elle seule, une violation du Serment.
   En tout état de cause, on ne saurait comparer cela à une simple intention. En effet, selon le Mirkévet HaMichné sur cette Mekhilta, l’interdiction de la simple intention ne repose tout au plus que sur une asmakhta. En revanche, l’accomplissement d’actions constitue assurément un acte allant à l’encontre du Serment, et non une simple pensée.[32]

 

~5~

Trois réponses à l’objection selon laquelle seuls quelques sionistes, principalement en Erets Israël, auraient transgressé les Serments : pourquoi, dès lors, l’ensemble du peuple juif d’Europe a-t-il souffert ? 1) En matière de serment, le monde entier est puni pour la transgression d’un seul individu, et à plus forte raison lorsqu’une grande partie du peuple y participe. 2) Même parmi ceux qui n’apportèrent pas leur soutien aux sionistes, la plupart ne protestèrent pas. 3) La punition commence toujours par les justes. (Une quatrième réponse sera donnée plus loin, à la section 8.)

   La Guemara (Chevouot 39a) enseigne : ‘‘Pour toutes les autres fautes de la Torah, Hachem ne punit que le fauteur lui-même ; mais pour la violation d’un serment, Il punit le fauteur, sa famille et le monde entier.’’ 
   Nous voyons ainsi la gravité particulière de la punition encourue pour la violation d’un serment : le monde entier peut être puni à cause de la faute d’un seul individu ayant violé un serment. À plus forte raison dans notre cas, où d’innombrables personnes entreprirent de nombreuses actions, au point que, durant les dernières années, près de la majorité[33] du peuple juif contribua, de diverses manières, aux actions des sionistes, lesquelles conduisaient à la violation des Serments.
   Tout cela se fit publiquement, sous les yeux de tout Israël, et rares furent ceux qui eurent le mérite d’élever une protestation comme il l’eût fallu.[34] C’est pourquoi cette tragédie s’abattit sur nous, accomplissant les paroles explicites de nos Sages, de mémoire bénie : Je livre votre chair aux ennemis comme les gazelles ou biches des champs, à D.ieu ne plaise.
   Comme l’enseignent nos Sages : ‘‘La punition ne vient dans le monde qu’à cause des méchants, mais elle commence par les justes.[35]’’

 

~6~

Réponse à l’objection selon laquelle d’autres fautes auraient également causé la Shoah : certes, il y en eut d’autres, mais cette faute est unique en ce qu’elle suffisait à elle seule à provoquer un tel châtiment.

   Quand bien même Israël n’aurait commis que cette seule faute, le terrible châtiment qui s’abattit sur lui n’est-il pas clairement et explicitement énoncé dans les paroles de nos Sages, de mémoire bénie ?
   De même, les Béné Éphraïm[36] étaient des hommes justes et saints, et ce fut uniquement en raison de cette faute — être sortis de l’exil avant le terme fixé — qu’ils connurent le sort qui les frappa en chemin. Nos Sages, de mémoire bénie,[37] enseignent que cela se produisit parce qu’ils avaient violé le Serment, bien qu’ils ne l’eussent pas fait délibérément, mais à la suite d’une simple erreur dans leur calcul.[38] 
   De même encore, le soulèvement mené par Ben Koziva eut lieu à une époque où la génération était remplie de Torah et de sainteté à un degré extraordinaire ; pourtant, elle fut châtiée par un massacre effroyable, à D.ieu ne plaise, plus terrible encore que celui qui accompagna la destruction du Temple. Cela est rapporté en de nombreux passages des paroles de nos Sages.  
   Ainsi, le Yerouchalmi[39] enseigne : À ce moment-là, la corne [fierté] d’Israël fut abattue, et elle ne sera pas relevée jusqu’à la venue du fils de David. Le Midrach Rabba sur le Cantique des Cantiques, au sujet du verset Je vous en conjure etc. (2 :7), enseigne également que la génération de Ben Koziva fut anéantie parce qu’elle avait violé le Serment. Ce point sera expliqué plus en détail dans le corps de cet ouvrage.[40] 
   À partir de ce seul enseignement de nos Sages, on peut déjà prendre la mesure de la gravité du châtiment encouru pour la violation de ce Serment.

 

~7~

Réponse à ceux qui prétendent qu’il nous faudrait une prophétie pour connaître la cause d’une tragédie de l’ampleur de la Shoah

   Au sujet du verset : Il y eut une famine du temps de David, durant trois années consécutives (Samuel II 21 :1), la Guemara (Yevamot 78b) enseigne :
La première année, David dit [au peuple] : ‘‘Peut-être y a-t-il parmi vous des idolâtres ?’’, car il est écrit : Prenez garde que votre cœur ne cède à la séduction, que vous ne deveniez infidèles, au point de servir d’autres dieux et de leur rendre hommage. La colère de l’É.ternel s’allumerait contre vous, Il défendrait au ciel de répandre la pluie... (Deutéronome 11 :16-17). On rechercha dans tout Israël, mais l’on n’y trouva aucun idolâtre.
La deuxième année, il leur dit : ‘‘Peut-être y a-t-il parmi vous des personnes coupables d’immoralité ?’’, car il est écrit : Dussent les ondées bienfaisantes te manquer, les pluies tardives faire défaut, tu avais le front d’une femme prostituée, tu refusais de rougir (Jérémie 3 :3). On rechercha de nouveau dans tout Israël, mais l’on n’en trouva aucune.
   La troisième année, il leur dit : ‘‘Peut-être y a-t-il parmi vous des personnes qui prennent publiquement l’engagement de donner la tsedaka sans tenir leur promesse ?’’, comme il est écrit : Des nuages et du vent, mais de pluie point ! Tel est l’homme qui fait grand bruit de ses dons illusoires (Proverbes 25 :14). On rechercha encore dans tout Israël, mais on n’en trouva aucune. 
   David dit alors : ‘‘L’affaire ne peut dépendre que de moi…’’ Aussitôt, David rechercha la face de l’É.ternel (Samuel II 21 :1).
   Que signifie cette expression ?
   Rech Lakich dit qu’il consulta les Ourim VeToumim et reçut la réponse suivante de l’É.ternel : C’est à cause de Chaoul, de cette maison de sang, qui a fait périr les Guivonim.[41]
    Le Rif[42] dans son commentaire sur Ein Yaakov, soulève plusieurs difficultés au sujet de cette Guemara. Sa principale question est la suivante : pourquoi David ne consulta-t-il pas immédiatement les Ourim VeToumim ? S’il l’avait fait, la famine aurait pris fin dès la première année, comme elle prit effectivement fin après trois ans. Pourquoi David et le peuple durent-ils attendre trois longues années, menant une enquête pour déterminer laquelle de ces trois fautes était en cause, tandis que tout Israël souffrait de la famine ? S’il ne manquait que de savoir quelle faute devait être réparée, pourquoi ne consulta-t-il pas immédiatement les Ourim Vetoumim ?
   Le Maharcha répond que David pensait que la faute relevait soit de l’idolâtrie, soit de l’immoralité, soit du non-accomplissement d’engagements publics de tsedaka — des domaines qui ne relevaient pas de la royauté. C’est pourquoi il ne consulta pas les Ourim VeToumim, ‘‘car on ne les consulte que pour le roi,[43]’’ c’est-à-dire lorsqu’il s’agit d’une affaire relevant de la royauté.
   Mais une difficulté demeure.
   En effet, David ne savait pas avec certitude que la famine était due à l’une de ces trois fautes, comme la suite des événements le démontra rétrospectivement : après trois années d’enquête, on n’en trouva aucune. Il ne s’agissait donc que d’un manque d’information et d’un doute, comme l’indique l’expression : ‘‘Peut-être y a-t-il parmi vous...’’
   Dès lors, pourquoi n’envisagea-t-il pas également la possibilité qu’il s’agît d’une affaire relevant de la royauté, comme ce fut effectivement le cas ? Or, lorsqu’il existe un doute, il est permis de consulter les Ourim VeToumim. Pourquoi fallut-il endurer trois années de famine sans consulter les Ourim VeToumim, jusqu’à ce qu’après avoir recherché ces trois fautes, on n’en trouvât aucune ?
   Le Rif s’étend longuement sur cette question. L’essentiel de sa réponse est que, tant qu’il n’était pas établi avec certitude qu’ils étaient exempts de ces trois fautes, dont l’Écriture déclare explicitement qu’elles entraînent la famine, il fallait en attribuer la cause à ce qui est explicitement énoncé dans l’Écriture. Voir là-bas son développement détaillé.
   Toutefois, cette explication demeure difficile à saisir et appelle encore un examen approfondi.
   Quoi qu’il en soit, nous voyons ici que, chaque fois qu’un malheur frappait Israël — à D.ieu ne plaise —, même à l’époque où les Ourim VeToumim existaient, on en recherchait d’abord la cause dans ce qui est explicitement mentionné dans l’Écriture, sans même consulter les Ourim VeToumim.
   Or, nous ne trouvons nulle part dans l’Écriture un châtiment aussi terrible, aussi amer, aussi redoutable et aussi effrayant que celui-ci : Je livre votre chair en pâture, comme les gazelles et les biches des champs, si ce n’est pour cette seule faute : avoir voulu mettre fin à l’exil avant le terme fixé et avoir violé les Serments, comme il est dit : Je vous en conjure etc. (Cantique des Cantiques 2 :7), conformément à l’interprétation de nos Sages, de mémoire bénie (Ketoubot 111a).
   Or jamais depuis qu’Israël est devenu une nation, un tel malheur ne lui était arrivé, jusqu’à notre génération, en raison de nos nombreuses fautes. Durant la Shoah, les Juifs ne furent pas victimes d’un décret de persécution religieuse, ni d’une campagne de conversion forcée, ni d’aucune autre raison ou motif identifiable. Au contraire, leur sang fut déclaré permis et véritablement livré à tous ; ils étaient désormais traités comme du gibier, à l’instar des gazelles et des biches des champs.[44] Nul ne comprenait ce qui se passait ni quelle pouvait être la cause d’une telle tragédie.
   Or, c’est précisément ce châtiment que l’Écriture annonce explicitement, et uniquement pour la faute que constitue la violation de ces Serments. Dès lors, l’Écriture elle-même atteste que c’en est la cause, et pourtant personne ne le prend à cœur.

 

~8~

Une autre réponse à l’argument selon lequel, si seuls quelques Juifs commirent cette faute en créant l’État, pourquoi l’ensemble du peuple juif fut-il puni ?

   Il convient d’examiner le commentaire du Ramban sur la parachat Ki Tissa, concernant plusieurs versets relatifs à la faute du Veau d’or.[45] Il écrit que, bien que ceux qui se prosternèrent devant le veau et lui apportèrent des offrandes fussent peu nombreux, la plupart du peuple transgressa en pensée ; c’est pourquoi la colère d’Hachem s’embrasa contre eux au point de vouloir les détruire, à D.ieu ne plaise. La Torah dit : L’É.ternel châtia le peuple pour avoir fait le veau…[46] Le Ramban explique que ces personnes n’étaient pas celles qui s’étaient prosternées devant lui ou lui avaient apporté une offrande, mais celles qui l’avaient fabriqué, c’est-à-dire celles qui s’étaient rassemblées autour d’Aaron et lui avaient apporté l’or. Il cite à l’appui les paroles du Targum, qui traduit pour avoir fait le veau par pour avoir servi le veau.[47] Nous voyons donc que la colère d’Hachem à propos de la faute du Veau d’or ne visait pas les quelques personnes qui l’adorèrent effectivement en lui apportant des offrandes ou en se prosternant devant lui, mais le grand nombre de ceux qui contribuèrent à sa fabrication, soit en se joignant à ceux qui s’étaient rassemblés autour d’Aaron, soit en apportant de l’or, ou de toute autre manière. Tous pensaient agir pour le bien, estimant que telle était la volonté d’Hachem : avoir un dirigeant et un guide à la place de Moïse, qui tardait à revenir, comme l’expliquent longuement le Ramban, l’Ibn Ezra, les Baalei Tossefot[48] et d’autres Richonim.[49] 
   Il en fut de même pour ce ‘veau’ amer qu’est la fondation d’un État avant la venue du Machia’h. Voilà déjà de nombreuses années que les sionistes ont conçu cette idée impure, et que des actions énergiques furent entreprises, sous diverses formes, afin de violer ces Serments. En raison de nos nombreuses fautes, la majorité[50] du peuple juif, dans tous les courants, servit d’instrument pour les aider dans leurs actions. Même parmi les Juifs les plus religieux, qui se battirent avec acharnement contre les sionistes en raison de leurs agissements destructeurs envers la Torah, de leur hérésie et de leur athéisme, à D.ieu ne plaise, beaucoup adhérèrent néanmoins au fond même de leur idée impure : sortir de l’exil vers une prétendue liberté et fonder un État avant la venue du Machia’h. C’est là le cœur même de cette racine qui ne produit que poison et amertume. C’est précisément sur ce point que beaucoup de Juifs pieux se laissèrent prendre. En effet, le mauvais penchant est puissant et aveugle les yeux des hommes à cette vérité. La plupart n’y prêtèrent pas attention, et c’est ainsi que la majorité du peuple apporta son soutien à cette entreprise funeste, les uns par leurs actes, les autres par leurs paroles, de multiples manières, leurs yeux étant aveuglés au point de ne pas voir qu’ils mettaient leur propre vie en péril.[51] Je ne souhaite pas m’étendre davantage sur ce point ni l’exposer dans tous ses détails. Mais celui qui étudie cette question avec attention pourra reconnaître la vérité.

 

~9~

Une autre preuve que la majorité peut être punie pour ne pas s’être opposée à la transgression commise par une minorité.

   Quand Akhan vola des dépouilles de Jéricho, Hachem se courrouça contre l’ensemble du peuple juif à cause d’un seul homme, parce qu’ils ne s’y étaient pas opposés[52] comme il convenait. À plus forte raison ici, où le fléau du sionisme s’est propagé à la majeure partie du peuple juif, en raison de nos nombreuses fautes. Le Saint, béni soit-Il, ne rend pas un jugement sans juste cause ; c’est donc cette terrible faute de la violation des Serments qui a entraîné le châtiment explicitement énoncé dans l’Écriture.

 

~10~

Une autre réponse à la question de savoir comment la Shoah pourrait être considérée comme une punition pour le sionisme alors que les sionistes n’avaient pas encore fondé d’État avant la Shoah (voir la section 4) : l’hérésie est une faute même lorsqu’elle demeure au stade de la pensée, sans aucun passage à l’acte.

   Et selon ce que j’écrirai, avec l’aide de D.ieu, dans le corps de cet ouvrage,[53] il sera clair que l’idée même de s’attribuer un État juif par ses propres moyens avant la venue du Machia’h constitue en elle-même une hérésie et un déni des voies de l’É.ternel, car c’est Lui seul qui nous met en exil et c’est Lui seul qui nous délivre.[54] Nous n’avons d’autre Rédempteur que Lui, béni soit Son Nom, aux jours du Machia’h. Toute affaire entachée d’hérésie et de négation des principes de la foi, à D.ieu ne plaise, porte nécessairement atteinte à l’homme, même lorsqu’elle demeure au seul niveau de la pensée, puisque l’hérésie est une faute plus grave que l’idolâtrie[55] comme l’exposent la Guemara[56] et le Rambam,[57]  ainsi qu’il est bien connu ; à plus forte raison lorsqu’en raison de nos nombreuses fautes, tant d’actes ont malheureusement été accomplis en Israël dans ce sens.

 

~11~

D’autres problèmes liés au sionisme, au-delà des Trois Serments

 

   Mais il y a bien plus encore dans le mal que représente le sionisme. Ces mêmes groupes qui égarèrent les Juifs par cette idée impure consistant à fonder un État avant le temps fixé, un État dépourvu de Torah, entraînèrent aussi les Juifs dans une hérésie et un athéisme d’une ampleur sans précédent depuis la création du monde. Même les nations idolâtres croient en Hachem comme Cause première, mais ces hommes impies nient le fondement même de la foi en niant l’existence même de Hachem.[58] Dans un premier temps, ils attirent les cœurs juifs avec une idée séduisante : être un peuple et posséder un gouvernement dans son propre pays, comme toutes les autres nations. Puis ils entraînent les Juifs dans le principe fondamental du sionisme : qu’il n’y a ni justice ni juge, à D.ieu ne plaise, et que tout dépend uniquement de la force de l’homme et des armes.[59] Il n’est pas nécessaire de s’étendre davantage sur ce sujet, car la terrible révolution provoquée par ces groupes est bien connue. Les communautés juives de nombreux pays sombrèrent dans l’hérésie, à D.ieu ne plaise,[60] et l’hérésie se répandit avec une force sans précédent dans de très nombreux foyers juifs religieux. Par leur faute, des millions de Juifs tombèrent littéralement dans le filet de l’hérésie, à D.ieu ne plaise.[61]
   Et les groupes qui se joignirent à eux, prétendant que le but de leur participation était de réformer ces hérétiques et de leur transmettre la voie de la Torah, devinrent en réalité les intermédiaires qui attirèrent de bons Juifs et les rallièrent à cette idée impure de la fondation d’un État. Ils pensaient qu’il s’y trouvait, parmi les participants à ce gouvernement, des personnes capables d’améliorer la situation et d’œuvrer en faveur de la Torah. Par la suite, ils tombèrent eux-mêmes complètement dans le filet de l’hérésie, en empruntant le pont que constituèrent les groupes religieux ralliés au gouvernement sioniste.
   Or, une telle hérésie porte nécessairement atteinte à l’homme jusque dans sa pensée. Celui qui envisage de se tourner vers ces groupes tombe déjà, par sa seule pensée, dans une conception qui renferme les principes et les racines mêmes de l’hérésie, à D.ieu ne plaise, même s’il n’en prend pas conscience au début. Car toute action prend naissance dans la pensée qui la précède.
   En résumé, outre la grave faute de la transgression des Serments, les sionistes souillèrent aussi la maison d’Israël par la souillure de l’hérésie et du déni de l’É.ternel, à D.ieu ne plaise. Il n’est donc pas étonnant que cette grande colère d’Hachem se soit embrasée, comme l’Écriture en avertit dans la parachat Nitsavim.[62] Même pendant la Shoah, des Juifs d’une très grande piété furent tués en raison des fautes de ceux qui péchèrent et firent pécher les autres, en raison de nos nombreuses fautes, et la colère d’Hachem fut terrible.
   (C’est indépendamment du fait que les sionistes eux-mêmes contribuèrent à la tragédie par leurs actions criminelles,[63] pensant que cela leur permettrait plus facilement d’atteindre leur objectif de souveraineté et de gouvernement.[64] Ils espéraient se construire sur les ruines de notre peuple. J’ai évoqué brièvement ce sujet dans le corps de ce livret,[65] mais je n’ai pas jugé bon de m’y étendre, car il faudrait un ouvrage entier pour établir tous les faits au moyen de preuves et de démonstrations irréfutables. Dans ce livret, mon seul objectif est d’exposer le point de vue de la Torah.)

 

~12~

La création de l’État d’Israël ne doit en aucune façon être interprétée comme la preuve que telle était la volonté divine (ratson Hachem) ; le succès du sionisme constitua au contraire une épreuve infligée au peuple juif en punition de l’avoir laissé propager son message. Deux commentateurs développent une idée similaire : l’Ibn Ezra et l’Or Ha’Hayim HaKadoch

 

   Et les Juifs survivants, qu’Hachem laissa en vie pour accomplir Son serment selon lequel notre peuple ne disparaîtrait jamais, furent eux aussi frappés d’un châtiment sévère et amer : l’œuvre du Satan réussit à établir un royaume d’hérésie, afin de soumettre le peuple juif à une épreuve d’une telle ampleur.
   La raison pour laquelle le peuple juif fut confronté à une telle épreuve peut être mieux comprise à la lumière du commentaire de l’Ibn Ezra sur la parachat Réé. La Torah dit : Et le signe ou le prodige que [le faux prophète] t’a annoncé se réalisera… N’écoute pas les paroles de ce prophète… car l’É.ternel, ton D.ieu, vous met à l’épreuve…[66] L’Ibn Ezra[67] fait remarquer que la raison pour laquelle Hachem soumet les Juifs à une telle épreuve est qu’ils ont laissé ce faux prophète vivre au lieu de le mettre immédiatement à mort lorsqu’il prêcha l’idolâtrie. Il ressort clairement de là que la terrible épreuve résultant du succès d’une telle prophétie, c’est-à-dire de l’accomplissement du signe ou du prodige qu’elle annonce, constitue un châtiment infligé au peuple d’Israël pour l’avoir laissé proférer de telles prophéties. À plus forte raison lorsque la majorité du peuple juif apporte son soutien à ces groupes : cela donne au Samekh Mém le pouvoir de produire des signes et des prodiges afin d’éprouver le peuple d’Israël.
   Le Or Ha’Haïm HaKadoch, dans son commentaire sur la parachat Yitro, exprime une idée similaire : ‘‘Par le biais du serviteur, il fait exister une nouvelle réalité, un dieu qui n’existait pas auparavant.[68]’’
   De même, Hachem laissa les sionistes prospérer afin d’éprouver le peuple juif par leur intermédiaire. Malheureusement, en raison de nos nombreuses fautes, l’immense majorité des Juifs ne résista pas à cette terrible épreuve. Il en fut comme au temps du Premier Temple, où l’idolâtrie constituait une épreuve particulièrement difficile. Nous trouvons qu’à l’époque de Guideon, il ne restait que trois cents hommes parmi tout le peuple d’Israël qui ne s’étaient jamais prosternés devant le Baal,[69] et c’est par leur mérite qu’une grande délivrance fut accordée à Israël, comme le rapportent les Écritures.[70]
   Mais aujourd’hui encore, dans cette génération si basse, aux talons du Machia’h, nous n’avons pas encore pleinement pris conscience que toutes les souffrances et toutes les calamités qui nous ont frappés sont venues à cause de ces hommes impies. Nous devons revenir vers Hachem, béni soit-Il, et chacun doit fuir les sionistes et leur clique plus vite qu’il ne fuit un lion lancé à sa poursuite pour le tuer. Chaque fois qu’il est possible de sauver ne serait-ce qu’une seule âme juive en l’empêchant de rejoindre leurs rangs, c’est un mérite d’une valeur inestimable, car c’est ainsi que tu extrais ce qu’il y a de précieux de ce qui est vil.[71]

 

~13~

Ceux qui tirent de la Shoah une leçon opposée à la véritable, et les deux précédents qui illustrent cette attitude : les idolâtres aux époques de Jérémie et d’Avraham Avinou

 

   Cependant, suivant l’exemple des hérétiques de tous les temps, ils renversent les paroles du D.ieu vivant et imputent la Shoah à ceux qui écoutèrent la voix de la sainte Torah.[72] L’Écriture rapporte (Jérémie 44 :18) que les femmes maudites dirent : Mais du jour où nous avons cessé de brûler de l’encens à la Reine des cieux et de lui offrir des libations, nous avons manqué de tout, et nous avons été décimés par le glaive et par la famine. Elles attribuèrent tous leurs malheurs aux prophètes d’Hachem, qui les avertissaient de ne pas adorer des idoles. Jérémie s’écria en réponse que c’étaient leurs fautes qui étaient la cause de tous ces malheurs ; par la suite, avec la destruction de Jérusalem, les paroles des prophètes, prononcées avec vérité et justice, furent pleinement confirmées.
   Et maintenant, quiconque a un peu de bon sens peut reconnaître la vérité : ce sont uniquement les fautes de ceux qui égarèrent les Juifs par cette idéologie sioniste impure, ainsi que tous les actes accomplis au service de cette idéologie, qui ont malheureusement attiré sur le peuple juif toutes ces tragédies et tous ces malheurs, en raison de nos nombreuses fautes, comme je l’expliquerai dans le corps de cet ouvrage.[73]
   Le Noam Elimélekh, dans son Iguéret Hakodech,[74] écrit que lorsqu’Avraham Avinou vint en Erets Israël et qu’une famine éclata dans le pays, les habitants de cet endroit dirent : ‘‘Cette calamité nous est arrivée à cause de cet hérétique qui est venu s’installer parmi nous.’’ Il se rendit donc en Égypte afin d’étouffer cette accusation, pour qu’elle ne se répande pas parmi eux.[75] Concernant notre génération en particulier, nos Sages de mémoire bénie dirent : ‘‘Ceux qui craignent la faute seront méprisés.’’[76] Ils ont également prononcé de nombreux autres enseignements décrivant notre époque, que j’ai rapportés dans le corps de cet ouvrage.[77] Il est inutile de s’étendre davantage sur l’immensité des mensonges, de l’audace et de l’impudence des sionistes, à D.ieu ne plaise. Quiconque a foi en Hachem et en Sa sainte Torah connaît la vérité.

 

~14~

Deux sources affirmant que le sionisme retarde la Rédemption : 1) le Midrach Yalkout Chimoni 2) Sanhédrin 98a

 

   Il est clair que cette idéologie abominable est ce qui retarde notre Rédemption et la délivrance de nos âmes, comme je l’ai rapporté dans le corps de cet ouvrage[78] d’après le Midrach Yalkout Chimoni, parachat Bo, paragraphe 191, sur le verset Et vous le tiendrez en réserve (Exode 12 :6 ; voir aussi 12 :9), parlant de l’agneau pascal :
Qui vous a sauvés de la Médie… ? Mordekhaï et Esther… Qui vous a sauvés de la Grèce… ? Les enfants des ’Hachmonaïm… Qui vous sauvera du quatrième royaume ? ‘‘Natrouna’’, comme la Torah le dit : Et vous le tiendrez en réserve… N’en mangez rien qui soit à demi cuit — ne demandez pas à le manger insuffisamment cuit.
    Le commentaire Zayit Raanan, écrit par l’auteur du Maguen Avraham, dit que le mot natrouna signifie que nous devons être patients et attendre. Ne demandez pas à le manger insuffisamment cuit signifie que nous ne devrions pas demander à le manger alors qu’il n’est encore que partiellement rôti, avant de l’être complètement. Il ressort clairement de cela que nous n’avons maintenant aucun autre mérite pour sortir de l’exil que celui de garder patience et d’attendre, sans, à D.ieu ne plaise, ‘‘manger’’ ni même tirer le moindre profit[79] d’une rédemption de ce genre, venue avant le temps approprié.
   Ainsi, tous ceux qui prennent part à leur mouvement et à leur gouvernement, et ‘‘mangent’’ avec eux de cette abomination, érigée en violation de l’avertissement N’en mangez rien qui soit à demi cuit, sont précisément ceux qui retardent la Rédemption.
   J’ai également cité[80] les paroles de la Guemara dans Sanhédrin 98a : ‘‘Le fils de David ne viendra pas jusqu’à ce que le gouvernement fantoche ait disparu d’Israël.’’ Rachi explique : ‘‘Jusqu’à ce qu’Israël n’ait aucune forme de gouvernement, même insignifiante et faible.’’[81] Il ressort donc qu’avant la venue du Machia’h, cet État fantoche devra disparaître, car sa venue est impossible autrement ; c’est donc lui qui retarde la véritable rédemption. Une idée semblable est également exprimée explicitement par le Rambam dans son Épître au Yémen.[82] Mais nous avons besoin de la Miséricorde céleste afin que cet État prenne fin uniquement par la puissance d’En Haut, venant d’Hachem, et non par les nations, car si cela arrivait par les nations, à D.ieu ne plaise, cela représenterait bien entendu un immense danger pour le peuple juif. Qu’Hachem ait pitié de nous et de tout Son peuple Israël.[83]
   En tout cas, tous ceux qui tirent profit de cet État et s’en glorifient le font en réalité de ce qui retarde la venue du Machia’h. Malheur à cette honte et à cette humiliation[84] !

 

~15~

Pourquoi le sionisme a-t-il tant de succès ? Le Satan craint la Rédemption finale

 

   Puisque la Rédemption dépend de la disparition de cet État, le Mauvais Penchant et le Samekh Mèm redoublent d’efforts pour entraîner le monde entier vers cette idéologie abominable. Cela est similaire au concept exposé par le Tossefot Yom Tov sur le traité Avot (5 :5), à propos de la Michna qui énumère les dix miracles qui eurent lieu dans le Temple. Parmi eux, figure celui-ci : ‘‘Le Grand Prêtre ne se souilla jamais d’une émission nocturne à Yom Kippour’’. Le Tossefot Yom Tov commente :
Un peut demander pourquoi cela était considéré comme un miracle. Pourquoi lui serait-il arrivé une telle chose, alors qu’on le préparait au service de Yom Kippour durant les sept jours précédents ? Il demeurait en état de pureté tout au long de la journée précédant Yom Kippour, et les Anciens ne cessaient de le maintenir éveillé pendant toute la nuit. La réponse est que le bon penchant et le mauvais penchant se combattent comme deux ennemis ; lorsque l’un d’eux sent sa défaite imminente, il redouble d’efforts, voyant que sa fin approche. C’est pourquoi il était très probable que le Grand Prêtre connût une émission nocturne la nuit de Yom Kippour.
    Cela est à plus forte raison vrai aujourd’hui, alors que nous nous trouvons juste avant la Rédemption, et il est connu qu’après la Rédemption, le Mauvais Penchant et le Samekh Mèm cesseront d’exister ; ils seront complètement vaincus pour la première fois depuis la création du monde.[85] Et Tossefot déclare également, dans Roch Hachana 16b, citant le Yerouchalmi, qu’après que le grand chofar de la Rédemption sera sonné, le moment viendra pour le Satan d’être englouti. Il est donc certain qu’il essaiera de toutes les manières possibles de combattre tout ce qui conduit à la véritable Rédemption. Il faudra des miracles extraordinaires pour être sauvé de lui, bien plus que le miracle accompli pour le Grand Prêtre à Yom Kippour, quand il ne se souilla pas. C’est pourquoi le Samekh Mèm a établi l’État sioniste et le royaume de l’hérésie afin d’empêcher la Rédemption. Qu’Hachem, béni soit-Il, ait rapidement pitié de nous et hâte le temps de notre Rédemption et de la délivrance de nos âmes.

 

~16~

Attendre la Rédemption n’est pas une tâche facile

   Le Midrach Eikha Rabba (3 :7), à propos du verset Je rappellerai ceci à mon cœur ; c’est pourquoi j’espérerai (3 :21) enseigne ce qui suit : Dans le futur, lorsque la Rédemption finale arrivera, le Saint, béni soit-Il, dira à Israël : ‘‘Mes enfants ! Je suis étonné de vous — comment avez-vous pu M’attendre toutes ces années ?’’ Et ils répondront : ‘‘Maître de l’Univers, sans Ta Torah que Tu nous as donnée, les nations nous auraient détruits il y a longtemps.’’ C’est pourquoi il est dit : Je rappellerai ceci à mon cœur. Le mot ceci fait référence à la Torah, comme il est dit : Or, ceci est la Torah.[86] Et de même, David dit : Si Ta Torah n’avait fait mes délices, j’aurais succombé dans ma misère.[87] C’est pourquoi j’espérerai…
   Voir également la parabole rapportée par le Midrach.[88] On voit par là qu’attendre patiemment la Rédemption et y placer son espérance constitue une grande épreuve, au point qu’au moment de la Rédemption finale, Hachem exprimera Son étonnement devant la capacité du peuple juif à résister à cette épreuve. De plus, le Midrach nous révèle qu’il sera impossible de surmonter cette épreuve sans une étude assidue de la Torah, et que seule l’immersion dans la sainte Torah nous protégera et nous sauvera.

 

~17~

Les hérétiques retardent la Rédemption en détruisant le Temple. De nos jours, cela peut signifier soit empêcher sa reconstruction, soit détruire le Temple céleste édifié par les actes des Tsadikim

   La vérité est que toutes les formes d’hérésie, à D.ieu ne plaise, retardent la Rédemption, comme l’enseigne la Guemara dans Roch Hachana 17a :
‘‘Les hérétiques… et les apikorsim qui nièrent la Torah et la Résurrection des Morts… descendent dans la Guéhenne et y sont punis des générations durant. La Guéhenne aura disparu, mais eux ne disparaîtront pas, comme il est dit : Et leur forme subsistera au-delà du Chéol (Psaumes 49 :15). Et pourquoi une telle sévérité ? Parce qu’ils ont tendu leurs mains contre le Zévoul, comme le verset poursuit : …ne leur servant [pas longtemps] de zévoul [litt. demeure].’’ Or, Zévoul désigne le Temple, comme il est dit : J’ai certes bâti un lieu de résidence [Zévoul] pour Toi, fondement de Ta demeure à tout jamais (I Rois 8 :13).
   Rachi explique que l’expression ils ont tendu leurs mains contre le Zévoul signifie qu’ils détruisirent le Temple par leurs fautes. Cette Guemara est citée par le Rambam dans ses Lois de la Techouva (3 :6), à cette différence près que, dans sa formulation si précise, il ajoute à la liste : ‘‘ceux qui nient la venue du Rédempteur’’.[89] Or, il est difficile de comprendre pourquoi la Guemara dit qu’ils détruisirent le Temple par leurs fautes. Tout d’abord, nous ne trouvons nulle part que le Temple fut détruit à cause de l’hérésie — le Premier Temple fut détruit à cause de l’idolâtrie et le Second Temple à cause de la haine gratuite.[90] Nous ne trouvons dans aucune source que l’hérésie et l’apikorsout soient mentionnées comme les causes de sa destruction. De plus, même si nous supposons que l’hérésie existait déjà à cette époque, on ne pourrait dire cela qu’à propos des hérétiques qui vivaient à l’époque du Temple. Or, cette déclaration fut faite à l’époque des Sages talmudiques, et est citée dans le Rambam ; il est donc clair qu’elle s’applique aux hérétiques de toutes les générations. D’ailleurs, on ne peut pas dire qu’elle ne s’appliquait qu’aux hérétiques de l’époque du Temple, car quelle pertinence cela aurait-il pour nous aujourd’hui ? Ce qui s’est passé alors est déjà passé, et le Troisième Temple ne sera jamais détruit, comme on le sait bien. Il n’y a pas lieu de craindre que les hérétiques détruisent le Troisième Temple, puisque la Guemara déclare dans Meguila 17b, en expliquant l’ordre des bénédictions du Chemoné Esré, que les hérétiques auront disparu avant que ce Temple ne soit construit. Comment donc la Guemara peut-elle faire une déclaration générale selon laquelle la raison de la punition sévère des hérétiques dans toutes les époques est qu’ils tendirent leurs mains contre le Temple ? Nous n’avons pas eu notre Temple depuis presque deux mille ans ; comment les hérétiques peuvent-ils être décrits comme tendant leurs mains contre quelque chose qui n’existe pas du tout ?
   La réponse doit reposer sur ce que disent nos Sages, de mémoire bénie : ‘‘Toute génération au cours de laquelle le Saint Temple n’est pas reconstruit est considérée comme s’il avait été détruit de son temps[91]’’. Les hérétiques et les apostats empêchent, par leurs fautes, la reconstruction du Saint Temple et, par conséquent, ils sont considérés comme l’ayant détruit ; c’est pourquoi ils sont décrits comme ayant ‘‘tendu leurs mains contre le Zévoul’’.
   Ou encore, on peut dire sur la base de ce que disent les commentateurs[92] : le Saint Temple céleste est édifié grâce au service divin des Tsadikim et à leurs bonnes actions ; lorsque le Saint Temple céleste sera achevé, notre juste Machia’h viendra. Mais les méchants, par leurs actes, provoquent des destructions dans le Saint Temple céleste ; ils démolissent ce que les Tsadikim y construisent par leurs bonnes actions.
   Dans ce sens, il est rapporté qu’un jour, le saint Divrei ’Haïm de Tsanz זלה"ה déclara lors de son tich que le Saint Temple céleste était achevé et qu’il ne lui manquait plus que le Parokhet. Le saint Rabbi Yehochoua de Tomachov זלה"ה répondit : ‘‘Nous avons la ferme conviction que notre saint Rabbi est capable de confectionner le Parokhet’’. Le Divrei ’Haïm ne répondit rien sur le moment. Cependant, une autre fois, lorsqu’il prit place à son tich, il commença par dire : « D’où savez-vous que je n’ai pas fait le Parokhet ? C’est seulement qu’un grand mécréant l’a déchiré par ses fautes’’.
   La Guemara dans ’Haguiga 12b décrit les sept niveaux du ciel et enseigne que dans le niveau appelé Zévoul (Résidence) se trouvent la cité céleste de Jérusalem, le Saint Temple et l’Autel édifié. Il ressort donc que ces méchants produisent, par leurs fautes, un effet qui atteint jusqu’au cœur des cieux, jusqu’au firmament appelé Zévoul, où se trouvent la Jérusalem céleste et le Saint Temple. À cause de leurs fautes, des destructions s’y produisent, רחמנא ליצלן ; ils tendent leurs mains contre le Zévoul et le détruisent.
   Ce pouvoir destructeur des hérétiques est la raison pour laquelle le Samekh Mém déploie tant d’efforts pour entraîner le monde entier à suivre ceux qui détruisent le Zévoul. Il égare les créatures en leur faisant penser qu’ils sauvent des vies, tout cela afin de retarder la Rédemption. Que les cieux en soient stupéfaits ! J’expliquerai encore ce sujet plus en détail dans le corps de cet ouvrage.[93]



[1] Isaïe 1 :9. La suite du verset dit : nous serions devenus comme Sodome, nous ressemblerions à Gomorrhe.

[2] Et pourtant, même alors, quand ils se trouveront relégués dans le pays de leurs ennemis, Je ne les aurai ni dédaignés ni repoussés au point de les anéantir, de dissoudre Mon alliance avec eux, car Je suis l’É.ternel leur D.ieu ! (Lévitique 26 :44).

[3] Deutéronome 28 :59. La suite du verset dit : et les plaies de ta postérité : plaies intenses et tenaces, maladies cruelles et persistantes.

[4] Isaïe 29 :14. Le verset entier dit : C’est pourquoi Je vais continuer à faire avec ce peuple des choses surprenantes, inouïes, où la sagesse de ses sages sera prise en défaut, où l’intelligence de ses gens d’esprit se voilera. Le rapprochement que fait le Rebbe entre le verset du Deutéronome et celui d’Isaïe est fondé sur la Guemara Chabbat 138b, qui enseigne : ‘‘Rav a dit : La Torah sera un jour oubliée d’Israël, comme il est dit : Alors l’É.ternel rendra extraordinaires (véhifla) tes plaies. Je ne sais pas quelle souffrance est entendue par l’expression ‘‘rendra extraordinaires’’, jusqu’à ce que son sens soit précisé par un autre verset. Lorsque l’Écriture dit : C’est pourquoi, Je ferai des choses extraordinaires parmi ce peuple, extrêmement extraordinaires (haflé vafélé), où la sagesse de ses sages sera prise en défaut, dis alors que la souffrance évoquée par l’expression ‘‘haflaa’’ c’est l’oubli de la sagesse de la Torah.’’

[5] Jérémie 8 :15. Le verset entier dit : On espérait la paix, et rien d’heureux n’arrive ; une ère de réparation, et voici l’épouvante !

[6] Deutéronome 12 :9. L’allusion est au repos et à l’héritage mentionnés dans ce verset. Après les horreurs de la Shoah, nous nous attendions à la venue du Machia’h ; mais, au lieu de cela, nous n’avons trouvé que davantage d’effroi.

[7] Deutéronome 28 :65.

[8] Lamentations 3 :50.

[9] Esther 4 :5.

[10] En vérité, nous sommes coupables à cause de notre frère (Genèse 42 :21) ; En vérité, c’est parce que mon D.ieu n’est plus au milieu de moi que je suis en butte à ces malheurs (Deutéronome 31 :17) ; Pourquoi ce pays est-il ruiné, dévasté comme le désert où personne ne passe ? L’É.ternel l’a dit : C’est qu’ils ont abandonné Ma Torah (Jérémie 9 :11-12) ; Celui qui châtie les peuples ne réprimanderait-Il pas ? (Psaumes 94 :10) ; Examinons nos voies, scrutons-les et revenons à l’É.ternel ! (Lamentations 3 :40).

[11]Lorsque la marchandise de Rav Houna fut perdue, les autres Sages lui dirent de faire son examen de conscience (Berakhot 5b). Le second Temple fut détruit à cause de la haine gratuite (Yoma 9b). La ville de Kfar Sekhanya fut détruite parce que ses habitants ne prenaient pas le deuil de Jérusalem (Guittin 57a).

[12] L’auteur voit dans l’étude de la philosophie grecque la faute qui provoqua cette expulsion.

[13] La mère du Rebbe, ’Hana, était la fille de Rabbi Yoël Achkenazi, dont le Rebbe porta le nom. L’épouse de Rabbi Yoël Achkenazi était la fille de Rabbi Tsvi Hirsch Toumim, Rav de Kalisch. L’épouse de Rabbi Tsvi Hirsch, ’Haya, était la fille de Rabbi Yaakov de Lissa (1760-1832), auteur du ’Havot Daat et du Netivot HaMichpat.

[14] Palguei Mayim, publié en 1815.

[15] Ketoubot 111a.

[16] Cantique des Cantiques 2 :7 et 3 :5 : Je vous en conjure, ô filles de Jérusalem, par les gazelles ou les biches du champ, si vous éveillez ou provoquez l’amour avant qu’il ne plaise. Ce verset apparaît une troisième fois en 8 :4, sous une forme légèrement raccourcie (sans la mention des gazelles et des biches).

[17] Ne pas immigrer en Erets Israël en grand nombre (Siman 10) dans le but d’y acquérir l’indépendance (Siman 79). Certains estiment que l’interdiction ne concerne que la conquête militaire (Siman 16). Mais même eux conviendraient que ce qui s’est passé en 1948 était interdit, puisqu’il s’agissait d’une conquête menée contre la volonté des non-Juifs résidant dans le pays (Siman 86).

[18] Ne faire aucun effort pour mettre fin à l’exil du peuple juif, par exemple en lançant un faux mouvement messianique (Siman 24).

[19] Cantique des Cantiques 2 :7. Les Sages expliquent que cette expression signifie qu’Israël serait abandonné sans protection, livré à ses ennemis comme les gazelles et les biches sont livrées aux chasseurs.

[20] L’ouvrage de Herzl, L’État juif, fut publié en 1896. Le premier Congrès sioniste eut lieu en 1897. Weizmann convainquit les Britanniques de publier la Déclaration Balfour en 1917. Jabotinsky et sa Légion juive combattirent lors de la conquête de la Palestine en 1917-1918. Le mouvement sioniste fit venir 400 000 Juifs en Palestine (dont 50 000 illégalement) durant le mandat britannique jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. L’Irgoun et le Groupe Stern entamèrent une campagne de terrorisme contre les Britanniques en 1936. La Haganah, fondée en 1921, fut transformée en une armée clandestine de 50 000 hommes dès 1936.

[21] La Conférence de Biltmore, en mai 1942, déclara ouvertement, pour la première fois, que l’objectif du sionisme était l’établissement d’un État juif (d’un Commonwealth juif), et non la simple colonisation.

[22] Le Rebbe n’était pas le seul Gadol à voir la Shoah comme une punition du sionisme. On trouve des citations similaires chez le ’Hazon Ich (Michkenot Haro’ïm, p. 1195), le Brisker Rav (Ouvdot VeHanhagot LeBeit Brisk, vol. 4, p. 187), Rav Michaël Ber Weissmandl (Torat ’Hémed, p. 337), Rav Yossef Eliyahou Henkin (Kitvei Harav Henkin, vol. 2, p. 226), Rav Chemouël Berenbaum (Kitrah Chel Torah, p. 89) et Rav Chelomo Zalman Ehrenreich (Derachot Lé’hem Chelomo, Hakdama, p. 35, note 59). Toutes ces sources sont citées dans l’ouvrage I Will Await Him, pp. 285-296.

[23] En 1938-1939, le mouvement sioniste comptait 1 040 540 membres dans 61 pays. La population juive mondiale totale était alors d’environ 16 millions de personnes. Le sionisme était interdit en Turquie et en URSS, où vivaient plus de 3 millions de Juifs. Ces chiffres suggèrent que le sionisme était très populaire parmi les Juifs, bien qu’il ne soit pas clair combien de partisans il comptait parmi les Juifs qui n’en étaient pas officiellement membres.

[24] Exode 20 :7.

[25] Lévitique 19 :12.

[26] Exode 20 :7.

[27] Commentaire sur la Mekhilta du Rav David Moché Avraham Achkenazi (début du XVIIIe siècle).

[28] Dans le traité Kidouchin 39b, la Guemara affirme que, pour toutes les fautes à l’exception de l’idolâtrie, D.ieu ne punit pas une personne pour avoir simplement conçu l’intention d’enfreindre cet interdit. Si la Mekhilta enseigne que l’on peut être puni pour le simple fait d’avoir l’intention de prêter un faux serment, il s’ensuit que l’on peut également être puni pour avoir eu l’intention d’enfreindre un serment que l’on a déjà prêté.

[29] Voir Chevouot 26b. La Guemara y examine à la fois le cas de celui qui projette de prêter un faux serment et celui où une personne prête un faux serment dans son cœur, sans prononcer les paroles. Dans les deux cas, la personne est dispensée d’apporter une offrande expiatoire.

[30] Voir le Siman 81, où le Rebbe écrit qu’une conclusion tirée de l’omission d’un décisionnaire ne peut l’emporter sur une déclaration explicite d’un autre décisionnaire.

[31] La preuve du Rebbe repose sur le fait que le Rambam applique les Serments à un faux mouvement messianique, bien que ce mouvement particulier n’eût aucune chance de réussir. Il s’appuie également sur les paroles du Rambam affirmant qu’ils périraient pour cela, car cela pourrait montrer que la raison même du serment était que le roi Chelomo savait que toute tentative de le transgresser serait vouée à l’échec. Il semblerait donc qu’une tentative de transgression soit déjà considérée comme une transgression.

On pourrait toutefois objecter à cette dernière preuve que le Rambam voulait dire que, même si le sionisme devait connaître un succès temporaire, il conduirait finalement à une fin tragique, et que c’est précisément pour cette raison que le serment fut donné : afin d’interdire même les violations qui connaissent un succès provisoire.

[32] Il demeure néanmoins difficile de comprendre pourquoi les préparatifs en vue de violer le Serment auraient mérité une punition aussi sévère, alors que l’État d’Israël lui-même existe depuis des décennies et a connu, à bien des égards, d’importants succès. La réponse est peut-être que, puisque la punition consiste en la perte de la protection divine, nous sommes alors privés de cette protection et soumis aux lois naturelles du monde. La Shoah fut le résultat d’événements naturels, et les succès de l’État d’Israël peuvent également s’expliquer, sur le plan naturel, par une armée israélienne très motivée affrontant des armées arabes beaucoup moins nombreuses, mal organisées et insuffisamment ravitaillées. Il y a naturellement aussi des erreurs humaines de la part des responsables politiques et militaires, qui conduisent à des tragédies telles que l’attaque du 7 octobre. Enfin, rien ne garantit que cette ‘protection’ se poursuivra à l’avenir. Que D.ieu nous vienne en aide.

[33] Ce chiffre est peut-être fondé sur une combinaison des adhérents et des dons en faveur du sionisme général et du mouvement Mizra’hi, ainsi que des contributions versées à des fonds tels que le Fonds national juif (JNF). Voir plus loin, à la section 8, où le Rebbe affirme que la majorité du peuple juif apporta son soutien au sionisme, ainsi que la note correspondante.

[34] Voir plus loin, aux sections 9 et 23, pour un développement plus approfondi de l’idée selon laquelle l’absence de protestation entraîne le châtiment.

[35] Bava Kama 60a. Certains ont demandé : si la Shoah est venue comme un châtiment en raison du sionisme, elle aurait dû commencer au centre de l’activité sioniste, c’est-à-dire en Erets Israël. Or, ce sont les Juifs d’Europe qui furent exterminés, tandis que le Yichouv d’Erets Israël fut épargné (voir Alo Naaleh).

   Une réponse possible est que le châtiment des Serments consiste à être privés de la protection divine et livrés au cours naturel des événements. Le peuple juif perdit la protection d’Hachem et fut attaqué par Hitler, que son nom soit effacé. Du point de vue d’Hitler, il était plus logique de diriger le gros de ses forces contre l’Europe de l’Est, où vivaient près de dix millions de Juifs, plutôt que contre la Palestine, qui n’en comptait qu’environ cinq cent mille. Il attaqua effectivement la Palestine, mais avec une force beaucoup plus réduite et bien moins approvisionnée que celle qu’il engagea contre la Russie.

   À cette objection se rattache également l’argument souvent avancé selon lequel un État juif serait nécessaire pour prévenir une nouvelle Shoah et que, s’il avait existé un État juif en 1939, toutes les victimes de la Shoah auraient pu être sauvées. On peut répondre qu’un État juif peuplé de plusieurs millions d’habitants serait lui-même devenu une cible privilégiée des antisémites, sans même parler du fait que son existence aurait vraisemblablement attisé davantage l’antisémitisme. S’il avait existé un État juif comptant plusieurs millions d’habitants, on peut être assuré qu’Hitler lui aurait consacré des forces militaires bien supérieures afin de le conquérir.

[36] Une partie de la tribu d’Éphraïm quitta l’Égypte trente ans avant l’Exode. Ils tentèrent d’envahir la Terre Sainte, mais furent tués par les Philistins. Le Midrach (Chemot Rabba 20 :11) évalue à trois cent mille le nombre des Béné Éphraïm qui périrent. Il rapporte également que si Hachem ne voulut pas faire sortir les Juifs d’Égypte par le pays des Philistins (Exode 13 :17), c’était afin de leur épargner la vue des ossements de leurs frères de la tribu d’Éphraïm, qui gisaient encore dispersés sur le sol.

[37] Midrach Rabba sur le Cantique des Cantiques 2 :7.

[38] Ils commencèrent à compter les quatre cents ans à partir de l’Alliance entre les Morceaux (alors qu’Avraham était âgé de soixante-dix ans), plutôt que de la naissance de Yits’hak (alors qu’Avraham avait cent ans). Au Siman 25, le Rebbe cite le Yefé Kol, commentaire du Midrach Rabba sur le Cantique des Cantiques, qui s’interroge sur la manière dont ils purent être punis avec une telle sévérité pour une erreur commise de bonne foi. Le Yefé Kol répond que, même si, selon leurs calculs, le moment était arrivé, ils auraient dû attendre des directives du Ciel. N’ayant reçu aucune révélation prophétique de Hachem, ils auraient dû comprendre que le moment n’était pas encore venu et que leurs calculs étaient erronés.

[39] Tel que cité par le Roch dans Berakhot 7 :22. Toutefois, dans notre version du Yerouchalmi (Soucca 23a), cette déclaration est rapportée à propos du massacre des Juifs d’Égypte par Trajan.

[40] Au Siman 39, le Rebbe examine le désaccord entre les Tanaïm quant à savoir si Ben Koziva avait le potentiel d’être le Machia’h. Au Siman 53, il examine la question de savoir si ’Hazal eux-mêmes ont mis Ben Koziva à mort. Au Siman 139, il explique que ’Hazal considéraient son mouvement comme extrêmement dangereux.

[41] Samuel II 21 :1.

[42] Rav Yochiyahou Pinto du Maroc

[43] Yoma 71b.

[44] L’idée que le sang juif était sans maître durant la Shoah comporte en réalité deux aspects : les Juifs furent tués sans aucun motif ni justification, et tous les pays du monde les abandonnèrent : alors qu’il était encore possible de fuir l’Europe, aucun ne voulut les accueillir. On reconnaissait ainsi clairement le châtiment que ’Hazal avaient décrit au sujet des Serments.

[45] Sur Exode 32 :7-8.

[46] Exode 32 :35.

[47] Le Ramban explique que le Targoum entend qu’ils le servirent en l’étreignant et en l’embrassant. Bien que cela diffère de la propre explication du Ramban, selon laquelle ils amenèrent Aharon à fabriquer le Veau, les deux interprétations reposent sur une même idée : ces personnes ne furent punies ni pour avoir fabriqué le Veau, ni pour l’avoir adoré, mais uniquement pour avoir voulu qu’il soit fabriqué ou pour avoir approuvé sa fabrication.

[48] Tous trois sur Exode 32 :1.

[49] Par exemple, Rabbeinou Be’hayé sur Exode 32 :4.

[50] Plus tôt (section 5), le Rebbe avait écrit que ‘‘presque la majorité du peuple juif contribua, de diverses manières, aux actions des sionistes’’, tandis qu’ici il affirme que ‘‘la majorité du peuple juif… servit d’instrument pour les aider dans leurs actions’’. La différence est qu’ici il inclut l’Agoudat Israël, comme il poursuit : ‘‘Même parmi les Juifs les plus religieux, qui se battirent avec acharnement contre…’’ L’Agoudat Israël ne contribua pas délibérément à la fondation d’un État, mais ses activités servirent d’instrument aux sionistes dans leurs actions. Ses efforts en faveur de l’aliyah et les pressions politiques qu’elle exerça sur les Britanniques afin qu’ils ouvrent les portes de la Palestine furent exploités par les sionistes pour favoriser la fondation de l’État.

[51] Selon la biographie Mochian Chel Israël (vol. 7, p. 129), le Rebbe faisait référence plus particulièrement à la diffusion des idées sionistes au sein du judaïsme orthodoxe polonais à la suite de la Knessia Guedolah de l’Agoudat Israël, en 1937. Ce fut la première fois que la création d’un État juif y fut officiellement débattue, bien que la Knessia ait finalement rejeté la proposition britannique. Le Rebbe considérait qu’il n’était pas fortuit que l’Allemagne ait accompli son premier acte d’agression en annexant l’Autriche quelques mois après cette Knessia, puis qu’elle ait envahi la Pologne exactement deux ans plus tard.

    Il est remarquable que plusieurs des plus grands Guedolim présents à cette Knessia, parmi lesquels le Rav Aharon Kotler et le Rav El’hanan Wasserman, aient formulé une déclaration qui rejoint étroitement la thèse du Vayoel Moché : ‘‘Ils s’opposèrent à la proposition de créer un État juif, quelles qu’en soient les frontières et même s’il devait être fondé sur la religion, car cela reviendrait à nier la venue du Machia’h’’ (HaPardess, 11e année, n° 7, p. 8).

   Certains membres de l’Agoudat Israël étaient d’un avis différent. Toutefois, même eux reconnaissaient qu’un État fondé à l’issue d’une guerre contre les Arabes serait interdit en vertu des Serments. Le dirigeant de l’Agoudat Israël, Yaakov Rosenheim, écrivait en 1944 : ‘‘L’accord de l’Agoudat Israël en faveur de l’établissement d’un État avant la venue du Machia’h... dépend de deux conditions fondamentales, toutes deux très éloignées de la réalité et de toute possibilité : (1) l’État doit être gouverné conformément à la Torah et à la tradition ; (2) il doit régner une paix véritable avec les Arabes. La seconde condition vise à respecter le Serment interdisant de ‘‘monter tel un mur’’ (Ketoubot 111a). Ce Serment nous interdit toute action militaire ou toute conquête de la Terre d’Israël contre la volonté des Arabes et des gouvernements du monde. Je ne crois pas que, dans les circonstances actuelles, il soit possible d’établir un État conforme à la Torah… Je considérerais la fondation d’un tel État comme une catastrophe et un malheur.’’ (Mikatowitz Ad Hé BéIyar, p. 340).

[52] Cela peut être déduit de Josué 22 :20 où, pour protester contre les deux tribus et demie qui avaient construit un autel, les autres tribus déclarèrent : Lorsqu’Akhan, fils de Zéra’h, commit une infidélité à propos de l'anathème, est-ce que toute la communauté d'Israël ne fut pas l'objet de la colère divine ? Lui pourtant était seul, mais il n'a pas seul péri par son crime. Les tribus protestèrent avec une telle vigueur contre cet autel non autorisé parce qu’elles savaient que leur omission de protester dans l’affaire d’Akhan avait conduit à cette tragédie. Voir également le Metsoudat David sur Josué 7 :11. Selon la Guemara (Sanhédrin 43b), les Juifs furent punis pour la faute d’Akhan en vertu du principe de responsabilité mutuelle qui, comme le Rebbe l’expliquera plus loin (section 23), repose sur l’obligation de réprimander les fauteurs.

[53] Par exemple, Simanim 78-79.

[54] En d’autres termes, indépendamment du Serment, la création d’un État est entachée d’un autre vice : l’idée même constitue une hérésie.

[55] Ainsi, si quelqu’un peut être puni pour des pensées ou des projets d’idolâtrie (Kidouchin 39b, cité plus haut, note 24), il peut certainement l’être pour avoir conçu le projet d’accomplir un acte qui équivaut à de l’hérésie.

[56] Chabbat 116a : ‘‘Si un homme poursuit un Juif pour le tuer, ou si un serpent court après lui pour le mordre, il entrerait dans la maison d’idolâtrie [d’un païen pour s’y réfugier], mais il n’entrerait pas dans la maison de ces [Juifs hérétiques], parce que ceux-ci (les Juifs hérétiques) connaissent D.ieu et Le renient, tandis que ceux-là (les non-Juifs idolâtres) ne connaissent pas [D.ieu] et Le renient [car ils n’ont jamais été instruits de Son existence.]’’ Voir le Siman 105 où le Rebbe s’appuie sur ce passage pour interdire d’entrer dans le bâtiment de la Knesset.

[57] Hilkhot Édout 11 :10 : ‘‘Les délateurs, les hérétiques et les Juifs apostats n’avaient pas besoin d’être énumérés par les Sages parmi les personnes inaptes à témoigner, car ceux-ci n’ont énuméré que les Juifs pécheurs. Or ces rebelles et ces hérétiques sont pires que les païens idolâtres, car les païens idolâtres ne doivent être ni secourus ni mis à mort ; les justes parmi les nations ont part au Monde Futur, mais les hérétiques juifs doivent être mis à mort et non secourus, et ils n’ont aucune part au Monde Futur.’’

[58] La Déclaration d’indépendance de l’État d’Israël ne mentionne pas le nom de D.ieu et débute par une négation de l’Exode ainsi que de l’origine divine de la Torah : ‘‘La Terre d’Israël fut le berceau du peuple juif. C’est là que se forma son identité spirituelle, religieuse et politique. C’est là qu’il accéda pour la première fois à la souveraineté, créa des valeurs culturelles d’importance nationale et universelle et donna au monde le Livre éternel des Livres.’’ La formule de compromis ‘‘plaçant notre confiance dans le Rocher d’Israël’’, adoptée à l’issue d’un débat entre athées et membres du Mizra’hi, est examinée par le Rebbe au Siman 100. Il y fait remarquer que toutes les nations, à l’exception des États communistes, font au moins une mention officielle du nom de D.ieu.

[59] Comparer les mots du Rav ’Haïm Brisker zt’’l : ‘‘Les sionistes ne rendent pas les Juifs hérétiques pour avoir un État, ils veulent un État pour rendre les Juifs hérétiques !’’ (Michkenot HaRoïm, p. 269).

[60] Cela fait peut-être référence aux communautés juives européennes de l’entre-deux-guerres, ou aux communautés juives séfarades après leur absorption par les sionistes dans les années 1950.

[61] Au moment où Vayoël Moché fut rédigé, il y avait un peu moins de deux millions de Juifs vivant dans l’État sioniste. Il est donc clair que les ‘plusieurs millions’ mentionnés ici ne peuvent désigner seulement les Juifs vivant dans cet État lui-même, mais aussi les Juifs résidant dans d’autres pays et sous l’influence du sionisme.

[62] Deutéronome 29 :19-27.

[63] Voir l’introduction à Al HaGueoula VeAl HaTemoura, p. 11 : ‘‘Les sionistes, en revanche, agissent à l’inverse [de la voie suivie par Yaakov Avinou, qui s’efforça d’éviter la guerre] : ils provoquent les nations d’une manière terrible, abandonnant inconsidérément le sang des Juifs. N’ont-ils pas déclaré la guerre au terrible ennemi d’Allemagne ? Sa voix fut alors entendue à la radio, disant : ‘Les Juifs m’ont déclaré la guerre, c’est pourquoi je leur répondrai.’ Et c’est ce qu’il fit, de par nos nombreuses fautes : immédiatement après commencèrent les massacres épouvantables. Il est impossible de comprendre comment ils pouvaient être si cruels, sachant qu’une grande partie du peuple juif était sous son pouvoir et qu’ils ne pouvaient rien faire pour les secourir. Comment pouvait-on se montrer à ce point cruel et abandonner le sang d’Israël ? Ils commirent encore de nombreux autres actes de ce genre, qui entraînèrent, hélas, la perte de nombreuses vies juives. Quelques-uns d’entre eux sont rapportés dans l’ouvrage Min HaMetsar, rédigé par mon regretté ami, le Rav, le Gaon, le pieux Rabbi Michaël Dov, que la paix soit sur lui.’’

[64] Cette accusation est fondée sur la tristement célèbre lettre de Nathan Schwalb, représentant de l’Agence juive en Suisse, rédigée en réponse à une demande du comité de sauvetage de la communauté juive de Slovaquie, qui sollicitait une somme d’argent afin de mettre un terme aux convois vers Auschwitz. Cette lettre est citée de mémoire par le Rabbi Michaël Ber Weissmandl dans Min HaMetsar. Elle fut ensuite reproduite dans Holocaust Victims Accuse (Les victimes de la Shoah accusent), par le Rav Moché Schonfeld, p. 26.

   ‘‘Profitant de l’occasion qu’offre ce courrier, nous écrivons aux membres du groupe qu’ils doivent toujours garder à l’esprit ce qui est le plus important, à savoir le point essentiel qui doit constamment demeurer devant nos yeux. Les Alliés remporteront, en effet, la victoire. Après celle-ci, ils procéderont de nouveau au partage du monde entre les nations, comme ils l’ont fait à la fin de la Première Guerre mondiale. C’est alors qu’ils nous ont ouvert la voie pour faire le premier pas, et maintenant que la guerre touche à sa fin, nous devons tout mettre en œuvre pour qu’Erets Israël devienne un État juif. Des démarches importantes ont déjà été entreprises dans ce sens.

   Quant au cri qui nous parvient de votre pays, nous devons être conscients que toutes les nations alliées versent elles aussi beaucoup de sang. Si nous ne consentons pas, nous aussi, à des sacrifices, de quel droit pourrons-nous prendre place à la table où sera décidé, après la guerre, le partage des nations et des territoires ? Il serait donc insensé et déplacé de demander aux nations qui versent leur sang l’autorisation d’envoyer de l’argent sur le territoire de leurs ennemis afin de sauver notre propre sang. Car ce n’est que par le sang que cette terre deviendra la nôtre.

   Quant à vous, membres du groupe, vous parviendrez à vous échapper, et c’est dans ce but que nous vous faisons parvenir des fonds par l’intermédiaire de ce courrier.’’

[65] Siman 110.

[66] Deutéronome 13 :3-4.

[67] Sur Deutéronome 13 :4.

[68] Sur Exode 20 :3. Le Or Ha’haïm HaKadoch est apparemment gêné par la formulation du commandement : ‘‘Tu n’auras pas d’autres dieux devant Moi.’’ Y aurait-il donc un autre dieu ? Il répond qu’il n’y avait effectivement pas d’autres dieux à l’origine, mais que les adorateurs les ‘créent’ en fautant et en donnant au Mauvais Penchant l’occasion de les éprouver en faisant paraître leurs idoles réelles. Voir Avoda Zara 55a pour une discussion sur les idoles qui semblent accomplir des miracles, et le Siman 46.

[69] Juges 7 :5-6 et Rachi sur le verset 5.

[70] Juges 7 :7 et 7 :19-22.

[71] Une référence à la Guemara dans Bava Metsia 85a : ‘‘Quiconque enseigne la Torah au fils d’un ignorant, même si le Saint, béni soit-Il, édicte un décret sévère, Il l’annulera en sa faveur, comme il est dit (Jérémie 15 :19) : Et si tu extrais ce qui est précieux de ce qui est méprisable, tu seras comme Ma bouche. 

[72] Le prétendu ‘rabbin’ sioniste Avraham Yits’hak Kook, dans un sermon de 1933, compara Hitler à un chofar fabriqué à partir de la corne d’un animal impur, qui ne peut être utilisé à Roch Hachana que s’il n’existe aucun autre chofar provenant d’un animal cachère. Si le peuple d’Israël ne cherche pas lui-même la Rédemption, dit-il, ‘‘les ennemis d’Israël soufflent à nos oreilles pour annoncer la Rédemption. Ils nous forcent à entendre le son du chofar, nous avertissent, font du bruit et ne nous laissent pas de repos dans l’exil. La corne d’un animal impur devient le chofar du Machia’h.’’

   Le Rav Yissakhar Chlomo Teichtal écrit dans Em HaBanim Séme’ha (édition anglaise de Kol Mevasser, p. 100) : ‘‘Le but des souffrances de l’exil et des décrets cruels qui s’abattent constamment sur nous depuis des temps immémoriaux est de nous réveiller de la torpeur de l’exil. C’est la voix de notre Bien-Aimé, le Saint, béni soit-Il, qui frappe aux portes de notre cœur afin d’éveiller en nous le désir ardent de retourner sur notre Terre sainte, que nous avons délaissée depuis près de deux mille ans. Nous nous sommes contentés d’un faible degré de tranquillité parmi les nations, tout en reniant l’honneur d’Hachem, de notre peuple et de notre Terre sainte. Nous avons échangé le droit d’aînesse d’Israël contre un plat de lentilles dans les pays des nations.’’

   Rav Benjamin Blech, dans son ouvrage If G.od is so Good, Why is the World so Bad (p. 195), cite l’opinion du Rabbi de Satmar, la compare à celle du Rav Teichtal, puis pose la question suivante : si la Shoah était une leçon qu’Hachem voulait nous enseigner, comment se fait-il que cette leçon ait été à ce point ambiguë que ces deux Guedolim en aient tiré des conclusions opposées ?

   Cependant, Rav Teichtal ne représente pas exactement l’opinion opposée à celle du Rebbe. Premièrement, il ne prône jamais la création d’un État juif, mais seulement l’immigration en Erets Israël. Deuxièmement, il ne dit jamais que la Shoah fut une punition pour ne pas être retourné en Erets Israël ; il affirme plutôt qu’elle constitue un appel d’Hachem destiné à nous réveiller et à nous inciter à y retourner.

   L’idée que la Shoah serait survenue parce que les Juifs n’avaient pas répondu à l’appel du sionisme fut reprise plus tard par Rav Meïr Kahane, dans une annonce parue dans le New York Times, où il avertissait qu’une seconde Shoah frapperait les États-Unis si les Juifs ne fuyaient pas immédiatement vers Erets Israël. Rav Avigdor Miller répondit à cela dans son enregistrement R-57, en citant les mêmes versets que le Rebbe cite ici : ‘‘Hachem aurait permis que six millions de Juifs soient détruits parce qu’ils ont refusé d’écouter cet athée qu’était Jabotinsky ?!... Une telle attitude fait écho à ce que répondirent les Juifs impies au prophète Jérémie. Ces Juifs avaient survécu à la destruction de Jérusalem et, après l’assassinat de Guedalia, s’étaient enfuis en Égypte. Jérémie les exhorta à se repentir, mais ils répondirent : Mais, au contraire, nous sommes résolus à faire tout ce que nos lèvres ont proféré : brûler de l’encens à la Reine des cieux, répandre des libations en son honneur, comme nous l’avons fait, nous et nos pères, nos rois et nos princes, dans les villes de Juda et les rues de Jérusalem ; car alors nous mangions du pain à satiété, nous vivions heureux et ne connaissions pas les revers. Mais du jour où nous avons cessé de brûler de l’encens à la Reine des cieux et de lui offrir des libations, nous avons manqué de tout, et nous avons été décimés par le glaive et la famine (Jérémie 44 :17-18). De nos jours également, les gens tirent la conclusion exactement inverse de celle qu’il faudrait tirer.’’

[73] Simanim 110-111.

[74] Figure à la fin du Noam Elimélekh.

[75] Le Noam Elimélekh déduit cela du fait qu’Avraham alla en Égypte alors qu’il lui avait été ordonné de se rendre seulement en Erets Israël. ’Hazal comptent le fait d’être contraint de se rendre en Égypte parmi ses dix épreuves, mais qui l’y contraignit ? Il faut donc que des gens aient utilisé la famine comme prétexte pour rejeter l’idéologie monothéiste d’Avraham.

[76] Sanhédrin 97a.

[77] Voir la fin du Siman 169 pour une discussion des autres descriptions de la génération précédant le Machia’h, et voir les Simanim 163-170 pour une discussion approfondie de la prédiction selon laquelle la Torah sera oubliée.

[78] Siman 43.

[79] Le mot ‘manger’ ici est emprunté à la métaphore de la consommation d’un Korban Pessa’h insuffisamment cuit. En termes pratiques, ‘manger’ représenterait la participation active à la construction de l’État sioniste, tandis que ‘bénéficier’ représenterait ceux qui ne sont pas officiellement pro-sionistes mais profitent du financement ou de la protection militaire de l’État.

[80] Siman 68.

[81] La Guemara cite un verset à l’appui : Il coupera les pousses avec des serpes (Isaïe 18 :5). Rachi sur Isaïe, ainsi que le Targoum et le Radak, disent que cela signifie que D.ieu abattra les nations non juives. La Guemara signifierait alors : ‘‘Le fils de David ne viendra pas tant que le royaume non juif méprisable n’exercera plus de domination sur Israël.’’ Mais Rachi sur la Guemara interprète clairement ce passage comme signifiant que les Juifs ne disposeront même pas d’une autonomie minimale.

   Il est possible que le commentaire de Rachi sur Isaïe représente une autre interprétation de la Guemara. Ou peut-être Rachi estimait-il que, bien que tel soit le sens simple du verset, la Guemara ne pouvait pas l’avoir compris ainsi, car elle affirmerait alors qu’avant la venue du Machia’h, les Juifs seraient affranchis de la domination des nations, ce qui contredirait le principe selon lequel ‘‘il n’y a aucune différence entre ce monde et l’ère messianique, si ce n’est l’assujettissement des Juifs aux nations’’ (Chabbat 63a).

[82] ‘‘Ainsi en sera-t-il aux jours du Machia’h, qui se révélera bientôt. Lorsque les idolâtres penseront que cette nation n’aura plus jamais de gouvernement qui lui soit propre et qu’elle ne sera jamais délivrée de l’asservissement dans lequel elle se trouve, lorsque tous les sages seront unanimes dans cette opinion, et que même les devins et les détenteurs des prétendues forces occultes la partageront, le Saint, béni soit-Il, réduira à néant leurs pensées et leurs raisonnements mensongers. Alors le Machia’h se révélera. C’est ce qu’Isaïe a annoncé explicitement (Isaïe 44 :25-26) : J’annule les présages des diseurs de mensonges, Je frappe de démence les devins, force les sages à reculer et fais taxer de folie leur science. J’accomplis la parole de Mon serviteur et fais aboutir le dessein de Mes mandataires, Je dis de Jérusalem : ‘Elle sera habitée !’ et des villes de Juda : ‘Elles seront rebâties, Je relèverai leurs ruines !’ Telle est la juste croyance que les Juifs doivent avoir.’’

[83] Lorsque ces mots furent écrits, il était difficile d’imaginer comment l’État pourrait prendre fin pacifiquement. Mais aujourd’hui, cette possibilité semble plus proche que jamais. Selon un rapport du Bureau central palestinien des statistiques publié à la fin de l’année 2015, les projections démographiques annonçaient que les Arabes deviendraient majoritaires en Erets Israël, y compris en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Si ces territoires étaient annexés à l’État et que leurs habitants arabes obtenaient la citoyenneté israélienne, celui-ci cesserait d’être un État juif.

[84] La source de cette expression est Bava Batra 75a. Le contexte est que, dans le Monde Futur, chaque Tsadik recevra un dais à la mesure de son niveau, et chacun brûlera de jalousie et d’embarras en voyant celui de son prochain. De même, lorsque le Machia’h viendra, ceux qui étaient fiers de la chose même qui retardait sa venue seront couverts de honte.

[85] Soucca 52a : ‘‘Dans les temps futurs, le Saint, béni soit-Il, amènera le Mauvais Penchant et l’égorgera…’’

[86] Deutéronome 4 :44

[87] Psaumes 119 :92

[88] Un roi épousa une femme et lui rédigea un document lui promettant de nombreuses et magnifiques choses. Puis il partit pour longtemps dans un pays lointain. Les autres femmes se moquaient souvent d’elle en disant que le roi ne reviendrait jamais. Elle pleurait, mais reprenait le document, le lisait et y puisait du réconfort. Lorsque le roi revint enfin, il s’étonna qu’elle l’eût attendu si longtemps, et elle répondit : ‘‘Sans les promesses extraordinaires que tu m’avais écrites, mes voisines m’auraient fait perdre espoir.’’

   De même, les non-Juifs raillent le peuple juif en disant : ‘‘Ton Dieu a caché Sa face loin de toi et retiré Sa Présence de ton sein ; Il ne reviendra jamais vers toi.’’ Les Juifs pleurent, mais ils entrent dans la synagogue et lisent dans la Torah, ‘‘Je m’occuperai de vous, Je vous ferai croître et multiplier… Je fixerai Ma résidence au milieu de vous… Je marcherai au milieu de vous’’ (Lévitique 26 :9-12) — et ils y puisent du réconfort.

[89] Rambam, Hilkhot Techouva 3 :6 : ‘‘Et voici ceux qui n’ont aucune part dans le Monde Futur, mais sont retranchés, périssent, et sont jugés éternellement pour l’immensité de leur grande méchanceté et leurs fautes : les hérétiques, les apikorsim, ceux qui nient la Torah, ceux qui nient la résurrection des morts et ceux qui nient la venue du rédempteur…’’ Il est intéressant de noter que le Rambam considère ‘‘ceux qui nient la Torah, etc.’’ comme des catégories distinctes de celles des hérétiques et des apikorsim.

[90] Yoma 9b.

[91] Yerouchalmi Yoma 1 :1 ; Midrach Tehilim 137 :10.

[92] Alchikh, Isaïe 62 :6 ; Arvei Na’hal, Nitsavim.

[93] Le Siman 46 traite du concept selon lequel Satan peut susciter des miracles afin de tromper les hommes. Les Simanim 145 à 153 développent l'idée que même de grands maîtres de la Torah peuvent parfois se tromper.


Vayoël Moché - Introduction
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